Les fondatrices

L’histoire de la profession d’infirmière

La profession d’infirmière a évolué au fil du temps de façon empirique, en fonction notamment de la place occupée par la religion dans l’organisation sociale, du développement de la pensée rationnelle et, donc, des sciences et de la médecine, de l’économie et de l’organisation du travail. L’évolution de la profession, largement féminisée au cours des époques, est concomitante du mouvement féministe et de l’histoire des femmes dans le domaine des sciences et de l’organisation sociale.

La plupart des auteurs s’entendent pour délimiter trois époques de cette histoire : une approche bénévole et caritative, très souvent sous l’égide d’une autorité religieuse, une approche scientifique répondant au développement rapide de nouvelles technologies et sous l’autorité du corps médical, une approche professionnelle qui permet des spécialisations, dans un système social qui balise la formation autant que la pratique de la profession.

La charité chrétienne

Au Moyen âge, on commence à créer des maisons servant à recueillir les malades et les vieillards. C’est la tradition chrétienne qui confie les pauvres et les nécessiteux aux religieuses. L’hôpital est alors le dernier recours, c’est le refuge où l’on vient mourir. Dès lors, les soins prodigués consistent surtout à atténuer les souffrances et à alimenter les personnes. Mais le simple fait de nourrir les personnes souffrantes permet d’en guérir quelques-unes.

Au Québec, Jeanne Mance et Marguerite d’Youville sont deux figures emblématiques de l'évolution de la profession. Elles représentent bien ce courant de l’histoire qui a existé grâce à cette empathie pour les malades ainsi que cette dévotion à les soigner que procurent la foi et l’assurance de réaliser une mission divine.

jeanne_mance.jpgJeanne Mance

Née le 12 novembre 1606 à Langres (important évêché du nord de la Bourgogne, en France), Jeanne Mance remplace très tôt sa mère décédée auprès de ses 11 frères et sœurs. Elle soigne aussi les victimes de la guerre de Trente Ans ainsi que ceux de la peste. C’est en 1640 qu’elle découvre sa vocation de missionnaire. Elle obtient le support d’Anne d’Autriche, la catholique épouse du roi Louis XIII, ainsi que celui de la compagnie de Jésus (les jésuites) pour sa mission de fonder une nouvelle colonie à Montréal et plus précisément un hôpital, un hôtel Dieu, comme celui de Québec.

Elle s’embarque à La Rochelle en direction de la Nouvelle-France le 9 mai 1641 avec Paul Chomedey de Maisonneuve pour finalement prendre possession des terres concédées par le gouverneur sur l’île de Montréal en mai 1642. Inauguré le 8 octobre 1645, le premier hôpital est un modeste bâtiment pouvant abriter six lits pour les hommes et deux pour les femmes. Un nouvel édifice sera érigé en 1654, toujours sous la direction de Jeanne Mance et de l’état laïque, mais cette fois-ci avec l'aide des sœurs hospitalières à partir de 1659, jusqu’à la fin de sa vie en 1673.

Pour en savoir plus sur Jeanne Mance 
Le film d’Annabel Loyola, La folle entreprise, sur les pas de Jeanne Mance qui relate cette vie tumultueuse. Plus d’information sur le site  : http://jeannemancefilm.wordpress.com/

Le livre de Françoise Deroy-Pineau, (1995), Jeanne Mance, De Langres à Montréal, la passion de soigner, Montréal, nouvelle édition, Bibliothèque québécoise, 171 p.

Marguerite_d_Youville.jpgMarguerite d’Youville

Marguerite Dufrost de Lajemmerais naît à Varennes le 15 octobre 1701. Elle fait ses études au pensionnat des Ursulines, à Québec. Elle se marie en 1722 à François-Madeleine d’Youville (1700-1730) qui la laisse veuve et endettée avec six enfants. Elle doit travailler pour assurer la survie de sa famille et vit dans une grande pauvreté.

En 1727, elle entre dans la confrérie des dames de la Sainte-Famille. Sa dévotion envers Dieu l’amène à créer une nouvelle institution religieuse en 1737, la communauté des Sœurs de la Charité de Montréal (aussi connu sous le nom des Sœurs grises). En 1747, l’Hôpital Général qui recueille les pauvres à Montréal est dans un état lamentable. Les Sulpiciens en confient l’administration à Marguerite Lajemmerais, veuve d’Youville. Elle connaît bien des infortunes, dont un incendie majeur en 1765, mais elle réussit toujours à reconstruire, à continuer à prodiguer des soins aux plus démunis.

« Mes chères sœurs, soyez constamment fidèles aux devoirs de l’état que vous avez embrassé. Marchez toujours dans les voies de la régularité, de l’obéissance et de la mortification; mais surtout, faites en sorte que l’union la plus parfaite règne parmi vous. »
Paroles de mère d’Youville le 14 décembre 1771, neuf jours avant sa mort.

Elle fut canonisée par Jean-Paul II, le 9 décembre 1990, devenant ainsi la première sainte née en Amérique.

On peut en savoir plus sur le site de la communauté
http://www.sgm.qc.ca/fr/main-nav/sainte-marguerite-dyouville/son-histoire/

Naissance d'une science

Florence_Nightingale.jpgFlorence Nightingale

Florence Nightingale est née le 12 mai 1820 à Florence, en Italie, lors d’un voyage de deux ans de ses parents. Issue d’une famille de la haute société britannique, elle étudie les mathématiques dès sa jeunesse et aura une révélation divine à 17 ans pendant qu’elle prodigue des soins dans son entourage durant une épidémie de grippe. Ses parents sont de confession unitarienne, une église chrétienne libérale et peu dogmatique, avec des valeurs basées sur la croyance au progrès social et l’importance de se mettre au service de la communauté. À l’été 1845, elle annonce à ses parents son intention de se consacrer au métier d’infirmière et de fonder son propre établissement de soins où travaillerait un équivalent protestant des soignantes catholiques. Ses parents refusent tout net : pour eux, les bonnes gens sont soignés à la maison, les hôpitaux sont pour les pauvres.

Ce n’est finalement qu’en 1852 qu’elle peut entreprendre des stages hospitaliers à Paris. Et c’est véritablement avec la guerre de Crimée (en 1854) qu’elle établit sa marque en imposant un code sanitaire strict et des protocoles pour les soins critiques, ce qui fait d’elle la pionnière dans la création des unités de soins intensifs. Elle profite alors de sa notoriété médiatique pour faire des activités de collecte de fonds en vue de créer une école, à la fois théorique et pratique, de formation des infirmières, école qui accueillera des postulantes de partout qui, à leur tour, donneront des formations dans leur pays.

Elle contribue à la Commission royale d’enquête sur la santé dans l’armée : elle rédige un rapport de plus de 1000 pages, bien qu’elle ne puisse officiellement siéger à la Commission, étant une femme. Elle continue de publier des livres de formation, des études statistiques et des recueils en gestion des soins jusqu’à sa mort, le 13 août 1910.

On peut télécharger gratuitement sur le site de l’UNESCO un article de l’historien Alex Attewell, expert reconnu de la vie de Florence Nightingale :
http://www.unesco.org/new/fr/unesco/resources/online-materials/publications/unesdoc-database/  ou ce document PDF.

Article paru dans la revue Perspectives, de l’UNESCO, vol. XXVIII, no 1, mars 1998, p. 173 à 189.

Lectures suggérées

Marie-Françoise COLLIÈRE, (2001), Soigner… Le premier art de la vie, Paris, Masson, 2e édition, 456 p.

Cette nouvelle édition, entièrement revue et corrigée, comprend de nouveaux textes portant sur l'identité infirmière, les fondements culturels des soins, la nature des soins accompagnant les grands passages de la vie. Cet ouvrage devrait permettre aux infirmières et aux usagers des soins de nourrir leur réflexion et leur argumentation sur l'apport et la place irremplaçable des soins.

André PETITAT, (1989), Les infirmières : de la vocation à la profession, Montréal, Boréal, 414 p.

Dans le vaste réseau médico-social, les infirmières occupent une place névralgique. Régulièrement remis en question, ce métier ne cesse de se transformer. Ce livre est consacré à l'évolution de la profession depuis la fin du XIXe siècle

Yolande COHEN, Jacinthe PEPIN, Esther LAMONTAGNE et de André DUQUETTE, (2002), Les sciences infirmières, genèse d'une discipline, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 336 p.

L'histoire des sciences infirmières, qui s'échelonne sur près de 100 ans, est révélatrice des transformations profondes dans la professionnalisation de la discipline et de l'implication des femmes. D'une formalisation tardive des savoirs à l'émergence d'une discipline scolaire, les sciences infirmières ouvrent la première grande carrière universitaire aux femmes.